20 November 2008

Archive pour janvier 2002

Le GHB : la drogue du viol

Publié par Jean-Philippe @ 29 - janvier - 2002
GHB - La drogue du violTrès connue sous la dénomination de « date rape drug » (drogue du viol) ou encore « d’ecstasy liquide », le GHB fait de plus en plus de ravages. Etant donné ses propriétés et les effets qu’il procure, il est très difficile pour la victime de le déceler. Au vu de l’importance que prend le phénomène, il est urgent que les femmes soient de plus en plus vigilantes, justement, au moment où elles pourraient l’être le moins : lorsqu’elles sont sur le party !

Le GHB, du nom savant d’acide gamma hydro butyrique, est un produit stupéfiant que les consommateurs utilisent pour favoriser des relations sexuelles « forcées ». Les hommes y trouveraient une relative stimulation sexuelle, les femmes verraient leur sexualité exacerbée, avec des relations multiples, involontaires et dont elles ne garderaient pas forcément le souvenir. Le produit serait souvent mis dans les boissons à l’insu des consommatrices. Il s’ensuivrait des relations sexuelles apparemment « consentantes » et débridées.

La genèse d’un « poison »

Le GHB était initialement utilisé en anesthésie générale ou pour faciliter certains accouchements. Il a cependant peine à trouver une place dans l’arsenal anesthésiologique car ses propriétés intéressantes sont grevées d’inconvénients non négligeables : réveil franc et total mais délai d’action peu prévisible et endormissement lent. Des études ayant montré qu’il augmentait le taux d’hormone de croissance et pouvant brûler les graisses, il a fait son apparition dans les salles de musculation dans les années 1980, les utilisateurs espérant se muscler plus facilement.

Aussi utilisé comme hallucinogène, euphorisant, et sédatif, il était disponible à la vente dans les salles de gym, les boutiques de santé et par correspondance. Cette nouvelle popularité s’est accompagnée d’une augmentation des accidents et des décès dûs à ce produit qui ont alerté les centres antipoisons. Il a ensuite été incriminé dans des affaires de relations sexuelles que l’on peut qualifier de « viol ». Entre anesthésie, musculation et viol, tout est affaire de dosage et de fantasmes.

La fausse « excuse »

Le GHB et ses dérivés inhibent les systèmes neuronaux chez un individu, c’est-à-dire qu’une personne excitée sera calmée et une personne angoissée, inhibée sera désinhibée. En outre, à forte dose, hors accoutumance, le produit sera toujours sédatif.

C’est donc très simple. Le futur violeur verse à l’insu de la victime une dose de GHB dans son verre, l’agresseur n’a qu’à attendre entre 15 et 30 minutes la venue des premiers symptômes. La victime a tout d’abord la sensation d’avoir trop bu, sa vision se rétrécit, son équilibre est gravement atteint et elle n’a plus aucune notion de réalité. La victime est donc tentée de tout accepter, et de suivre n’importe qui, n’importe où. Les témoignages que j’ai pu lire sur Internet ou venant de mon entourage, ou encore lors de reportages à la télévision sont ahurissants ! De jeunes filles racontent souvent la même histoire : au cours d’un party dans un bar, un club ou même chez des amis, elles partent en suivant un inconnu chez lui ou dans un hôtel. Elles se réveillent le lendemain ou quelques heures après, dans un lieu inconnu, sans jamais se souvenir de ce qui s’est réellement passé !

Dû à la désinhibition de la victime, et vu qu’elle accepte ce qu’elle n’aurait pas accepté dans une situation normale, le violeur est déresponsabilisé. Le viol, c’est d’ailleurs dans le mot, est associé à la violence. Le violeur « ancienne méthode » s’attaque donc à la fille dans une ruelle et s’ensuit généralement une pénétration forcée. Avec le GHB ce n’est pas le cas, l’usage de la violence n’est souvent pas nécessaire. La relation sexuelle paraît donc tout à fait normale et s’ensuit une non-culpabilisation du violeur. Or ce n’est pas le cas ! La relation est forcée puisque facilitée par l’usage d’un stupéfiant ! De plus, ceci est aggravé par la préméditation du crime. En effet, si un individu verse ce produit dans le verre de sa victime, c’est donc bien qu’il pense, à l’avance, vouloir commettre le viol. Il ne pourra pas invoquer plus tard la « pulsion » ou l’acte irréfléchi.

Mais les conséquences des propriétés et des effets de cette drogue ne s’arrêtent pas là. Dans un premier temps, les traces du GHB dans l’organisme disparaissent au bout de 12 à 48 heures. Dans un second temps, la victime ne se souvenant généralement de rien, comment poursuivre le violeur ? « Y’a t-il d’ailleurs vraiment eu viol ? » Est tentée de se dire la victime. La femme violée a donc un sentiment de culpabilité et n’ose pas porter plainte. Comme je l’expliquais plus haut, dans la conscience populaire, le viol est associé à la violence. Ce qui est vrai pour les autres l’est aussi pour la femme violée. Pourtant, le GHB est bien connu des services de police. Même s’il est difficile de prouver le viol, si la victime s’y prend suffisamment vite, il est possible d’arrêter le criminel. De même, sans traces de GHB dans l’organisme dû à la rapidité de dissolution, il est maintenant possible de faire des tests d’ADN pour identifier le coupable.

La vitesse de réaction est donc primordiale : si l’on a le moindre doute concernant la possibilité d’une agression sexuelle ou l’ingestion de certaines substances, il est important de se présenter dans un hôpital pour y subir des tests. Certains établissements sont habilités à faire ces tests. Ils utilisent une trousse dite médico-légale médico-sociale. Les tests, qui ne peuvent être menés sans l’autorisation de la victime, comprennent un prélèvement sanguin et une analyse d’urine. Par la suite, l’hôpital conserve la trousse, et la victime a 15 jours pour décider si elle souhaite transmettre ces informations aux services de police.

En pratique

Le GHB est disponible aux Pays-Bas, dans les smartshops, où on le trouve régulièrement sous forme d’un liquide clair de 30 ml conditionné en petites bouteilles plastiques opaques. La « dose » type est de l’ordre de 10 ml, ce qui correspond grosso modo à un gramme de GHB. Mais ce produit se déniche également sous forme de poudre : il peut être non seulement ingéré mais aussi sniffé ou fumé.

Il est extrêmement facile à produire : il dérive du gammabutyrolactone (GBL), qui est un solvant-décapant pour peinture. La saponification du GBL avec de l’hydroxyde de sodium conduit à la synthèse du GHB. Cette méthode a un inconvénient : de nombreux cas de brûlures alcalines ont été rapportés à la suite d’un mauvais dosage en hydroxyde de sodium, qui est une base très caustique.

Il est donc presque impossible de contrôler la « drogue GHB » sans contrôler toute la filière du solvant-décapant GBL. Pire : la synthèse chimique s’opère aussi in vivo. Ce qui signifie que si vous avalez du GBL, le corps le transforme automatiquement en GHB.

Rester vigilant et attentif

La multiplication des affaires de viols liés au GHB et à ses dérivés est très inquiétant, il est donc recommandé d’ouvrir l’œil et d’être méfiant. Si vous allez faire la fête entre amies et que vous constatez que l’une de vous n’a pas un comportement normal, n’attendez pas que le drame se produise pour intervenir. Autre conseil important, ne quittez jamais des yeux votre verre et n’en acceptez jamais venant d’individus que vous ne connaissez pas ou mal.

En cas de doutes, abstenez vous. Demandez le soutien d’amis ou auprès des services de l’établissement où vous vous trouvez.

La non-culpabilisation du violeur, l’amnésie engendrée par l’absorption du GHB, le très bas prix de vente, rendent la drogue du viol particulièrement attractif pour certains hommes, désireux de transformer la plus réticente des filles, en « fille facile ». Plus grave : n’ayant plus recours à la violence, des hommes qui n’auraient jamais commis de viols auparavant, utilisent le GHB comme ils utiliseraient un aphrodisiaque ! C’est absolument affolant !

La maîtresse des mots

Publié par Jean-Philippe @ 14 - janvier - 2002

Lynda Lemay en concert à Montréal

Un an après la sortie de son magnifique album « Du coq à l’âme », après une tournée française triomphale (dont l’Olympia !) et quelques concerts en province, la chanteuse, loin de se « dégonfler » après une année bien remplie et la préparation d’un nouvel album, arrive à Montréal pour un concert unique.

Vendredi 11 janvier, 20 heures : la salle du théâtre Saint-Denis à Montréal est pleine à craquer. Un public de tous âges se presse dans les travées pour rejoindre sa place. L’ambiance n’est pas celle d’un concert de rock, bien entendu, oubliez donc la frénésie des prestations de Pink Floyd ou de AC/DC. Un concert de Lynda Lemay, ca se regarde bien sûr, mais ca s’écoute surtout !

Le spectacle commence sous de vifs applaudissements. C’est un décor sobre, presque minimaliste. Trois musiciens occupent une partie de la scène (pianiste, violoniste et guitariste), un lit en désordre occupe l’autre côté de la scène. L’ambiance est donc volontairement conviviale. C’est en fait Lynda qui nous accueille chez elle, dans sa chambre. Quoi de plus intimiste ? Lynda, c’est comme une copine, une amie d’enfance ou une sœur. Elle nous parle d’elle comme nous pourrions parler de nous à notre meilleur ami.

En fait, ce décor intimiste n’a rien de bien surprenant lorsque l’on connaît les textes de la chanteuse. Sa vie, ses expériences, quelques sujets qui la concernent personnellement un peu moins, mais qui restent des sujets de société…

Dans ce spectacle règne aussi une grande simplicité. Malgré le succès qu’elle rencontre depuis maintenant trois ans de chaque côté de l’Atlantique, Lynda Lemay ne joue pas les grandes vedettes. De toute façon, cela ne correspondrait pas vraiment au personnage. Celle qui a rempli six soirs l’Olympia à Paris (et six autres en supplémentaires !), fait plus de 50 concerts en Europe à guichets fermés reste humble et garde la tête froide. Cela se voit, cela se sent.

Des chansons devenues des classiques mais aussi quelques extraits de son prochain album nous invitent à rire, à l’émotion et à la tendresse. On ne peut pas écouter sa prestation de la même manière que ses albums. Les mots prennent plus de sens, plus de poids. Quelque soit le sujet, il est impossible de ne pas prêter attention aux mots qu’elle emploie. Et quels mots !

Lynda Lemay c’est avant tout un immense talent d’écriture. Elle joue avec les mots comme si elle les avaient inventés. Elle les emploie avec une justesse extraordinaire. Cela tombe parfois comme un pic, juste là où ca touche, ou ca peut parfois faire mal. Elle s’attaque à nos petits travers et s’en prend à la gent masculine avec humour, mais sans méchanceté. On sent même une certaine tendresse dans ses critiques.

D’ailleurs, la réponse masculine qu’elle chante à sa précédente chanson « Bande de dégonflés » en est un bel exemple. Et la complicité qu’elle a avec ses trois musiciens masculins rend la chanson encore plus hilarante !

L’humour est bien présent dans ce spectacle et dans ce que sera son prochain album. Le pêcheur qui parle de la passion apparemment presque pacifiste, qui cache en fait une personnalité sadique à fait envahir la salle d’un grand éclat de rire.

Elle nous a touché aussi Lynda Lemay. J’ai par exemple été ému, lorsqu’elle parle de cet enfant déficient mental et qui restera enfant toute sa vie. C’est beau, tout simplement. Le sujet est grave, mais elle a ce talent pour exprimer les choses qui transforme la gravité en réconfort.

Le prochain album promet. Et cela semble être un grand cru. Son talent d’écriture, sa voix juste et claire confirme l’impression que nous avions depuis longtemps : c’est une grande ! Tout comme Brel ou Brassens qui étaient de vrais magiciens textuels, Lynda manie sa « drôle de mine » avec une dexterité époustouflante ! D’ailleurs, si c’est Charles Aznavour qui l’a découvert et lancé sa carrière européenne, ce n’est pas pour rien.

Son talent ne se dément pas et c’est tant mieux ! Lynda n’est pas la chanteuse qui suit la mode, elle semble d’ailleurs un peu décalée par rapport à elle. Mais nous avons tellement besoin d’une chanteuse qui sait provoquer la réflexion, d’une chanteuse à émotions dans ce paysage de vide textuel. Si Lynda n’existait pas, il y aurait comme un grand vide dans la chanson française.

En attendant, allez donc faire « une visite » sur son site officiel.